mercredi 02 décembre 2020
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Sauvons tous Radio Tefana, il est encore temps !

Jeudi 19 novembre 2020 - En préambule du procès en appel de l'affaire Radio Tefana qui se tiendra à partir du 25 novembre prochain, les membres du conseil d'administration de l'association Te Reo o Tefana a tenu ce matin une conférence de presse, pour présenter l'historique et les aspirations de la radio. Une vidéo #saveradiotefana a été diffusée à cette occasion et fait actuellement le tour des réseaux.

Radio Tefana est une association de type loi 1901 qui a été créée en août 1984, peu après la libéralisation de la bande FM décidée par le président François Mitterrand dont le but était de favoriser la liberté d’expression.

Sous l’impulsion du maire de Faa’a Oscar Temaru, Radio Tefana fut créée au lendemain du cyclone Veena qui avait durement touché la Polynésie, avec pour mission de soutenir et d’informer la population en ces temps difficiles. Plus encore, Radio Tefana jouera un rôle précurseur dans la dénonciation des effets néfastes des essais nucléaires français sur le Polynésien et son environnement.

Radio Tefana est devenue ainsi la porte-parole des îliens venus nombreux s’installer dans la zone péri-urbaine de Papeete et notamment à Faa’a, en attendant les ouvertures d’embauche du centre d’expérimentation du Pacifique qui allaient les mener à Hao, Fangataufa et Mururoa. La radio de Faa’a a permis de relier les familles d’une île à l’autre, d’un archipel à l’autre.

Radio Tefana est une radio « comme les autres », au service de la mairie de Faa’a, de la population polynésienne en général, en proposant 80% de ses programmes en tahitien. La radio a multiplié les liens avec de nombreux partenaires et acteurs institutionnels, associatifs, culturels, sociaux et éducatifs en s’adaptant à son époque.

Face au danger de la perte identitaire lié à la mondialisation, la programmation faisait et fait toujours une place importante à la musique locale et à l’expression de la culture polynésienne en général.

 

2008 puis 2014, le passage de relais

En 2008, après déjà 24 années d’existence, le conseil d’administration est renouvelé. Par respect pour les Anciens, un nouvel article du statut précise que la radio doit « promouvoir la lutte anti-nucléaire et l’accession à la souveraineté » même s’il est rappelé que « Radio Tefana doit être ouverte à toutes les sensibilités politiques sans exception et que l’argent public qu’elle reçoit doit être justifié par l’intérêt général ».

Au même moment, les services de la commune de Faa’a se restructurent et leurs besoins en termes de communication deviennent plus importants. L’offre d’information communale via la radio se développe au travers d’émissions régulières au bénéfice des administrés de Faa’a et, au sens large, de Polynésie.

En 2014, soit trente ans après sa création, le conseil d’administration est de nouveau renouvelé, il est temps de passer le relais à la nouvelle génération qui fait preuve de compétences et de sérieux dans la gestion. La radio continue de se moderniser et de renforcer sa position dans le paysage médiatique local. Dans le même temps, les subventions communales représentent environ la moitié du budget de fonctionnement de la radio, le reste étant issu des recettes publicitaires.

Radio Tefana est aujourd’hui une des radios les plus écoutées en Polynésie française, la seule à proposer 80% de ses programmes en langue tahitienne avec près de 40 000 auditeurs en moyenne chaque jour et 20% des parts d’audience. Après 36 années d’existence, elle fait partie du quotidien de la population.

Divers audits financiers de la cour des comptes ne relèvent aucune anomalie. Les relations avec les divers acteurs économiques et sociaux de Polynésie française sont normales.

Une amende de 100 millions

En juin 2019, l’association Te Reo O Tefana a pourtant écopé d’une amende de 100 Millions xpf (840 000 euros), ce qui équivaut, en ces temps économiquement difficiles, à son arrêt de mort et à la mise sur le carreau de ses onze employés. Le motif ? « Recel de biens provenant de prise illégale d’intérêts d’un élu public dans une affaire qu’il administre où qu’il surveille. »

En parallèle, un douanier à la retraite dont l’honnêteté est une des qualités reconnues de tous (Oscar Temaru), un agriculteur/pêcheur « jamais condamné » (Victor Maamaatuaiahutapu) et un enseignant « jamais condamné » (Heinui Le Caill) ont également été condamnés par le tribunal de première instance pour « prise illégale d’intérêts… » pour le premier et « recel de biens provenant de prise illégale d’intérêts… » pour les deux autres, successivement présidents du conseil d’administration de la radio.

Or aucune  trois personnes ne s’est enrichie personnellement dans l’affaire, d’où la précision sur le jugement d’octobre 2019 « ce n’est pas l’achèvement matériel de l’opération qui importe mais seulement la mise en place du lien matériel ou juridique dont le prévenu espère tirer avantage. »

Pour Mr Temaru, on peut lire également dans ce même jugement que « la prise illégale d’intérêt est constituée par le seul fait d’exposer une fonction publique au soupçon, de faire courir un risque anormal à la fonction et de commettre ainsi « une imprudence de fonction. »

Il n’y a pas dans le dossier d’accusation d’éléments enregistrés démontrant une « propagande du Tavini » de la part de Radio Tefana, l’accusation se basant en partie sur la modification de statut symbolique de 2008 et sur des déclarations aux forces de l’ordre d’« Anciens » de la radio évoquant le côté militant des premières années d’existence de la radio, tout cela ne correspondant pas à ce qu’a été et à ce qu’est Radio Tefana au quotidien.

Une « imprudence de fonction » et un raccourci qui, si le procès en appel poursuit sur cette ligne, auront pour conséquence la mort pure et simple de Radio Tefana.

Un outil au service de la Polynésie

Non seulement il n’y a pas eu enrichissement personnel des personnes accusées, mais Radio Tefana s’est efforcée, entre autres, de remplir les missions demandées par la commune en fonction des subventions octroyées. En aucun cas donc la commune n’a été lésée, en aucun cas l’argent public n’a été utilisé à mauvais escient.

L’argument de vouloir « mettre fin aux radios communales » ne tient pas, d’autres radios communales étant encore plus subventionnées par leurs communes respectives que Radio Tefana.

Depuis ces six dernières années, avec le nouveau bureau, Radio Tefana a accéléré sa modernisation en se tournant vers le numérique.

Comme ailleurs dans le monde, les langues vernaculaires sont désormais reconnues comme ce qu’elles sont : une richesse. Dans ce Pays d’Outremer jouissant d’une certaine autonomie qu’est la Polynésie française, comment ne pas considérer les langues polynésiennes comme un trésor qu’il faut à tout prix préserver ?

A l’heure de la mondialisation qui pourrait avoir raison des langues polynésiennes en une cinquantaine d’années, Radio Tefana fait de la promotion des langues polynésiennes une de ses raisons d’être.

Tout aussi concrètement, Radio Tefana propose des « live » de musique locale dans ses locaux qui connaissent un beau succès, résonnant même au-delà de nos frontières dans le Pacifique et dans le monde, produits avec les moyens du bord mais avec surtout beaucoup de passion. Quand d’autres médias offrent une « fenêtre » à la musique locale, Radio Tefana laisse sa porte grande ouverte aux artistes locaux.

Tous les mardis, Radio Tefana offre deux heures d’antenne aux familles de prisonniers pour tenter de reconstruire du tissu social. Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres du rôle social de cette radio, qui permet de donner des informations pratiques en langue polynésienne, une différence essentielle pour toute une frange de la population.

De plus, elle offre un espace d'antenne aux diverses confessions religieuses de Polynésie.

Depuis le début de la crise sanitaire, Radio Tefana a diffusé gracieusement les campagnes Covid du ministère national de la santé et des autorités sanitaires locales pendant et après le confinement. Aujourd’hui, un partenariat a été conclu avec le Ministère de la santé pour toutes les campagnes de prévention.

Mettre fin à l’existence de Radio Tefana c’est mettre fin à la radio des artistes polynésiens, une radio en plein processus de modernisation, c’est mettre fin à des années de travail passionné, c’est faire taire la langue de nos grands-pères, c’est se priver d’un outil de promotion culturelle majeur, c’est aussi priver de ressources les onze familles des employés d’une radio qui n’a jamais roulé sur l’or et qui a toujours fait beaucoup avec peu de moyens.

Malgré tout, pour continuer ce processus de modernisation, Radio Tefana lance un appel aux dons.

 

Sauvons tous Radio Tefana, il est encore temps.

#SaveRadioTefana